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Histoire contemporaine Hongrie Politique

Trianon, la Hongrie et la République française – entretien avec Nicolas de Lamberterie

Hongrie – Pour nos partenaires de Présent, à l’occasion du centenaire du traité de Trianon qui marque encore la politique en Hongrie et en Europe centrale, Olivier Bault a interrogé notre confrère et auteur Nicolas de Lamberterie, journaliste à TV Libertés et au Visegrád Post basé à Budapest.

 

— Le 4 juin 1920, la signature à Versailles du traité de Trianon ôtait à la Hongrie les deux tiers de son territoire millénaire et faisait de 3,3 millions de Hongrois des minorités en territoire étranger. On dit que les Hongrois n’ont jamais digéré cette mutilation imposée après la Première Guerre mondiale. L’appartenance à l’UE n’a pas réglé le problème ?

— Cela a effectivement pu atténuer cette problématique en facilitant les déplacements. Les Hongrois de Roumanie, par exemple, ne sont plus enfermés comme à l’époque de Ceaușescu. L’injustice historique de Trianon reste néanmoins une blessure. L’entre-deux-guerres avait été le grand moment irrédentiste avec l’amiral Horthy, quand 100 % de la nation hongroise était favorable à la révision des frontières. Tout ceci a été un peu décongelé à la fin de la guerre froide, mais il n’y a pas de courant favorable aujourd’hui à une révision. Très peu de Hongrois considèrent qu’il serait réaliste et sérieux de remettre cela sur le tapis. Viktor Orbán a, dès son retour au pouvoir en 2010, donné aux Hongrois de l’étranger la citoyenneté hongroise (exception faite des Hongrois de Slovaquie, à la suite d’un vote en urgence du Parlement slovaque prévoyant la déchéance de la citoyenneté slovaque en cas d’acquisition d’une autre citoyenneté) et la défense des minorités magyares est perçue comme fondamentale, mais ce n’est jamais évoqué dans les cercles du Fidesz et du gouvernement comme pouvant se faire par une révision des frontières. Orbán a au contraire beaucoup contribué à rétablir de bonnes relations avec les voisins slovaques et serbes. Il n’y est toutefois pas parvenu avec la Roumanie, qui est un cas un peu particulier où l’État profond sabote régulièrement toute tentative d’entente avec la Hongrie « illibérale » d’Orbán en agitant la menace fantôme d’une velléité hongroise pourtant inexistante d’envahir la Transylvanie.

— Il y a cent ans, l’Entente avait proclamé comme objectif de guerre le droit des peuples à l’autodétermination. Pourtant, le traité de Trianon a bafoué ce droit vis-à-vis des Hongrois. Pourquoi ?

— Le royaume de Hongrie comptait en son sein, pour des raisons historiques, des populations non magyares : des Slaves au nord, des Ruthènes en Transcarpatie, des Roumains en Transylvanie, des Serbes au sud du pays et les Croates qui avaient été rattachés à la Sainte Couronne de Hongrie depuis le XIIe siècle. Le XIXe siècle est passé par là, qui a fait naître des aspirations nationales chez ces populations. Et donc, si l’on avait respecté le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, la Hongrie se serait retrouvée inévitablement amputée. En revanche, ce droit des peuples a été totalement bafoué pour des raisons stratégiques. On a décidé, par exemple, de placer la frontière hongro-tchécoslovaque sur le Danube, faisant descendre la frontière de l’actuelle Slovaquie bien au-delà des territoires peuplés par les Slovaques. De la même manière, c’est pour leur donner le contrôle d’une ligne de chemin de fer qu’on a permis aux Roumains d’obtenir une telle avancée de leur territoire. Il y a ainsi eu de nombreux facteurs qui ont fait que la Hongrie a connu, à l’occasion du traité de Trianon, un destin tragique.

Rappelons aussi que les demandes répétées des Hongrois d’organiser des référendums pour s’enquérir de l’avis des populations concernées ont été systématiquement rejetées. Le seul référendum qui a finalement eu lieu a concerné la région de Sopron à la frontière autrichienne : cette ville qui devait initialement être annexée par l’Autriche a connu un soulèvement de militaires hongrois. Cela a entraîné un référendum en décembre 1921, qui a amené au retour à la Hongrie.

— L’ancien Premier ministre britannique, Lloyd George, affirmera plus tard que « toute la documentation qui nous a été fournie par certains de nos alliés pendant les négociations de paix était mensongère et truquée. Nous avons décidé sur des faux ».

— Ce type de négociations est propice aux opérations de lobbying et d’enfumage. Par exemple, quand on a dépêché une commission « indépendante » pour voir si la ville de Kassa, devenue aujourd’hui Košice (Cassovie en français, NDLR), était peuplée essentiellement de Hongrois ou de Slovaques, il s’est avéré que cette commission était gérée par des gens à la solde des Tchèques Bénès et Masaryk. Ces gens ont produit un rapport mensonger prétendant qu’il s’agissait d’une ville slovaque, et l’on a décidé sur la base de ce mensonge. Il y a eu des faux, mais d’une manière générale celui qui ne veut pas s’informer ne s’informe pas.

— Dans son excellent ouvrage sur le traité de Trianon (Le Destin dramatique de la Hongrie), le Français Yves de Daruvar a des mots très durs sur la responsabilité de la France. Daruvar parle de la « prodigieuse ignorance » de Clemenceau. Êtes-vous d’accord avec lui pour dire que, avec ce traité, la France a préparé sa propre défaite de 1940 ?

— Il est certain que la France n’a pas bien construit son jeu d’alliances en Europe centrale et orientale pour contenir l’Allemagne. L’idée était que la Petite Entente – Roumanie, Yougoslavie et Tchécoslovaquie – soit la plus puissante possible et qu’elle entoure aussi la Hongrie puisqu’il y avait une volonté de liquider une fois pour toutes l’empire chrétien des Habsbourg. On attribue beaucoup à André Tardieu une partie des redécoupages et l’on dit que c’est ensuite Clemenceau qui a porté le chapeau.

C’est sans doute un peu excessif de faire le lien entre le traité de Trianon et la défaite française de 1940, mais il est vrai que les États de la Petite Entente étaient nouveaux et fragiles, tandis que des pays comme la Pologne et la Hongrie ont une tradition étatique millénaire. Dans les années 1920, la Hongrie a essayé sans succès de demander une révision des frontières et, confrontée au refus des vainqueurs de 1918, elle s’est ensuite retrouvée progressivement dans l’orbite d’Hitler, l’Allemagne étant la seule à soutenir ses demandes.

Face à l’Allemagne, une alliance polono-hongroise aurait été plus solide que la Petite Entente, d’autant plus que ces deux nations s’apprécient. Ainsi, quand la Hongrie a récupéré la Transcarpatie, elle a eu une frontière commune avec la Pologne à partir de mars 1939. Or, en septembre de la même année, pendant la campagne de Pologne, au grand courroux des Allemands les Hongrois ont ouvert leurs frontières aux réfugiés polonais. Leur amitié avec la Pologne restait forte malgré leur très puissant et très envahissant allié allemand.

— Aujourd’hui, la France ne répète-t-elle pas sur le plan économique les mêmes erreurs qu’elle avait commises sur le plan militaire avec le traité de Trianon, alors que les pays d’Europe centrale sont plutôt demandeurs d’un contrepoids français à la puissance économique allemande ?

— Il est certain que si les élites allemandes n’apprécient pas beaucoup les tendances dites « populistes » en Europe centrale, cela ne les empêche pas de continuer de placer leurs billes d’un point de vue économique. Elles distinguent bien leur éventuelle aversion idéologique à tel ou tel gouvernement et leurs intérêts économiques. Aujourd’hui, la voix de la France, très idéologique et peu pragmatique, ne compte plus beaucoup en Hongrie et en Europe centrale, et la France ne fait rien pour offrir un contrepoids aux pays de cette région qui ont été « hinterlandisés » après la chute du mur de Berlin.

 

Source: Visegrád Post

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Hongrie Nationalisme Tsiganes

Deux jeunes nationalistes hongrois assassinés

Jeudi dernier, le 21 mai, deux jeunes nationalistes hongrois, âgés de 16 et 21 ans, ont été assassinés par une bande de Tsiganes. L’événement tragique s’est produit dans la ville de Budapest, où les deux victimes ainsi qu’un groupe d’amis ont été agressés par une bande de Tsiganes, provoquant un combat ultérieur. Les assaillants ont utilisé un couteau pour arracher la vie de ces deux jeunes hommes. Pratiquement aucun média de masse européen n’a fait écho aux nouvelles sérieuses, qui cachent un problème profond en Hongrie avec la criminalité et les mafias tsiganes qui prennent des dimensions disproportionnées. Le taux de chômage, d’analphabétisme et de criminalité est cinq fois plus élevé chez les Tsiganes que dans la population hongroise en général. Les chiffres de 2003-2004 ont estimé que cette population compte 600 000 personnes dans le pays, mais il est difficile à déterminer en raison de l’échelle utilisée pour identifier les membres de ce qui est considéré comme la plus grande minorité ethnique en Europe. Après six cents ans de présence dans le pays, ils maintiennent toujours leur isolement, leur mode de vie et leur société parallèle à la société hongroise.

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Philosophie de l'histoire Politique

La conception de la nation de Fichte

Par Lionel Baland

Le philosophe Johann Gottlieb Fichte, né à Rammenau, près de Dresde, en 1762, et décédé à Berlin, en 1814, est une des grandes figures de l’Idéalisme allemand, aux côtés d’Emmanuel Kant (1724-1804), de Georg Wilhelm Friedrich Hegel (1770-1831) et de Friedrich Wilhelm Joseph von Schelling (1775-1854).

Parmi les productions littéraires les plus connues de Fichte figurent les Discours à la nation allemande, tenus durant l’hiver 1807-1808, alors que les armées de Napoléon occupent la Prusse, à Berlin et publiés en 1808 dans cette ville. Ils visent à réveiller le sentiment national allemand et à la réalisation d’un État regroupant les Allemands.Au sein de l’introduction de la traduction française parue en 1992 à l’Imprimerie Nationale à Paris(1) et réalisée par le philosophe français, né en 1948, Alain Renaut, ce dernier se pose la question de la conception de la nation mise en avant par Fichte : celle née de la Révolution française, qui considère que le Tiers état la constitue, ou celle du romantisme allemand, « dont on a parfois soutenu qu’elle avait émergé avec la notion herderienne(2) de Volksgeist »,(3) qui veut que seuls les descendants de membres de la nation appartiennent à cette dernière ?La nation révolutionnaire« Plutôt qu’un corps auquel on appartient, la nation révolutionnaire est un édifice que l’on bâtit à partir d’un lien contractuel, qu’il faut donc penser en termes de volonté. La nation désigne ici l’ensemble des sujets contractants et décidant de remettre le pouvoir à la volonté générale. Ainsi Robespierre, en mai 1790, s’appuie-t-il sur une telle idée pour récuser que le roi soit un ‘’représentant de la nation‘’ : il en est, dit-il, le ‘’commis et le délégué‘’, détenteur de ‘’la charge suprême d’exécuter la volonté générale‘’. Politiquement, l’horizon de l’idée de nation, entendue sur ce mode, est donc la communauté démocratique, définie par l’adhésion volontaire à des principes publiquement programmés, tels que ceux de la Déclaration des droits de l’homme. Et il faut préciser que, dans cette logique, il n’y a par le monde plusieurs nations que parce qu’il y a plusieurs régimes politiques, dont les principes ne sont pas tous ceux de la démocratie et de l’État de droit : la différence entre nations est politique, donc de fait, et non pas naturelle, donc de droit, je veux dire : infrangible. »(4)

En conséquence, la frontière marque la limite de l’application du contrat social et n’est pas une limite territoriale ou ethnique. L’appartenance nationale n’est pas une détermination naturelle, mais « un acte d’adhésion volontaire à la communauté démocratique ou au contrat social. »

« La nationalité se résorbe ainsi dans la citoyenneté et elle se définit moins comme un lien affectif que comme une adhésion rationnelle à des principes ; la patrie, au sens révolutionnaire du terme, c’est la communauté démocratique en tant que patrie des droits de l’homme, et si les citoyens sont des ‘’enfants de la patrie‘’, c’est avant tout en tant qu’ils constituent les héritiers de la Révolution – l’héritage se définissant précisément comme celui des droits de l’homme. »(5)

« Si la nationalité procède d’un acte d’adhésion volontaire, l’accès à cette nationalité relève d’un libre choix : dans la logique révolutionnaire, il suffit de déclarer son adhésion aux droits de l’homme et, à partir de 1791, à la Constitution, pour devenir français. »(6)

Une demande d’adhésion peut dans cette optique être imposée, mais ne conduit pas à un refus. Le citoyen peut aussi, toujours selon cette vision, perdre la nationalité à partir du moment où il décide de ne plus adhérer à ces valeurs.

Jusqu’en 1799, Fichte se dit français, « sans d’ailleurs, à son vif désespoir, rencontrer quelque écho du côté de l’administration républicaine. »(7)

La nation issue de la Révolution française est donc amenée à englober l’ensemble des individus de la planète, lorsque ceux-ci auront adhéré à ses valeurs.

La nation romantique

La nation selon les romantiques se situe aux antipodes du concept de celle-ci développé lors de la Révolution française. Elle est fondée sur l’idée qu’il existe des différences naturelles entre les hommes et que la nationalité est liée à la naissance, la « naturalisation » n’étant qu’un pis-aller. La nationalité peut être refusée, notamment à ceux qui disposent d’une connaissance trop faible de la langue nationale. La nationalité ne se perd pas, même si l’individu vit dans un autre endroit du monde.

Le tournant

La question qui se pose est de savoir quand l’idée de nation est passée, au sein de l’espace germanophone, du concept des Lumières à celui du romantisme.

Alain Renaut rejette l’idée que Herder est à l’origine de ce tournant et met en avant le fait que ce dernier n’a jamais expressément utilisé la notion de Volksgeist et que Isaiah Berlin (1907-1999) a montré que Herder reste universaliste : « C’est en premier lieu le romantisme allemand, à partir des Schlegel notamment, qui, à travers sa critique bien connue de toute forme d’humanisme abstrait, en viendra ainsi à l’affirmation corrélative d’une hétérogénéité absolue des cultures nationales. »

Il précise que si la vision de la nation née en France est passée en Allemagne, celle née dans les territoires germanophones a aussi pénétré la France.

L’idée fichtéenne de nation

L’idée de nation chez Johann Gottlieb Fichte relève-t-elle des Lumières ou du romantisme se demande Alain Renaut. Il met en avant le fait que la conception de la nation évolue chez Fichte : ses textes les plus anciens attribuent au terme de nation un sens proche de celui des Lumières, alors que dans les Discours à la nation allemande, ce concept glisse vers celui du romantisme.

Au sein de la vision fichtéenne, de l’époque des Discours à la nation allemande, de la nation figurent des éléments qui renvoient à la conception romantique de cette dernière : la langue, la valorisation du Moyen Âge et la mise en relation de la défaite de la Prusse et de « la destruction par le rationalisme de l’important facteur de cohésion nationale qu’avait été la religion ».(8)

Cependant, des éléments de critique du romantisme sont également contenus au sein des Discours à la nation allemande. En effet, le renvoi au Moyen Âge de Fichte est dirigé vers les villes libres et pas vers les princes et la noblesse, donc pas vers les « ordres ». Fichte ne se rallie donc pas à un modèle antithétique à la démocratie émergeant des Lumières. Alors que les romantiques exaltent le catholicisme, Fichte prend position en faveur de la Réforme. Bien que Fichte enracine l’idée de nation dans la langue, il écrit, au sein d’une lettre datant de 1795 : « Quiconque croit à la spiritualité et à la liberté de cette spiritualité, et veut poursuivre par la liberté le développement éternel de cette spiritualité, celui-là, où qu’il soit né et quelle que soit sa langue, est de notre espèce, il nous appartient et fera cause commune avec nous. Quiconque croit à l’immobilité, à la régression et à l’éternel retour, ou installe une nature sans vie à la direction du gouvernement du monde, celui-là, où qu’il soit né et quelle que soit sa langue, n’est pas allemand et est un étranger pour nous, et il faut souhaiter qu’au plus tôt il se sépare de nous totalement. »(9)

Il considère donc que tous ont la possibilité de devenir allemands à partir du moment où ils adhèrent « aux valeurs universelles de l’esprit et de la liberté. »(10)

« Un tel patriotisme et le cosmopolitisme, Fichte le suggérait en 1806 dans ses Dialogues patriotiques,(11) ne s’excluraient nullement : on ne naît pas Allemand, on le devient et on le mérite. »(12)

D’autre part, si les Discours à la nation allemande refusent le romantisme politique, ils critiquent sévèrement les Lumières, au moins sur trois points. En effet, ceux-ci accusent ces dernières d’avoir détruit le lien religieux entre les individus qui séparent désormais leurs intérêts personnels de la destinée commune. De plus, la conception de l’éducation des Lumières, qui vise à réaliser le bonheur de l’individu et évacue tout idéal moral, renonce à former l’homme, « à aller contre la nature pour faire surgir la liberté, elle vise seulement à ‘’former quelque chose en l’homme’’, par exemple tel ou tel talent ; on présuppose ainsi que le libre arbitre existe naturellement, qu’il n’y a pas à le former, mais seulement à lui donner tel ou tel objet. […] À l’éducation des Lumières, les Discours opposent alors une éducation qui, loin de valoriser la nature et le culte du bonheur, ne présuppose pas la liberté, mais la forme par contrainte de ce qui représente en nous la nature. »(13)

Et encore, l’idéal politique des Lumières consistant en « une sorte d’automate où chaque rouage serait forcé de contribuer à la marche de l’ensemble, simplement par intérêt bien compris » est voué, selon Fichte, à l’échec.

Fichte renvoie les Lumières et le romantisme dos-à-dos, leur reprochant à tous deux la primauté de la nature individuelle sur la loi. En conséquence, en 1807-1808, le concept de nation de Fichte est-il une transition entre celui des Lumières et celui du romantisme, ou une troisième idée de celui-ci fondée non pas sur une appartenance ou une adhésion à la nation, « mais pensée en termes d’éducabilité » ?

Fichte estime donc que toute personne peut adhérer à la communauté nationale, dès lors qu’elle reconnaît les valeurs de l’esprit et de la loi. Mais, « il nous lègue aussi cette considération selon laquelle la liberté, qui fonde l’adhésion, est, non une liberté métaphysique, transcendant le temps et l’histoire, mais toujours une liberté-en-situation, bref, que, pour s’exercer de façon significative, cette liberté doit s’inscrire dans une culture et une tradition pour lesquelles les valeurs de l’esprit et de la loi ont un sens. Comment toutefois penser cette inscription ? […] Fichte a conçu en fait que le signe visible de l’inscription d’une liberté au sein d’une culture et d’une tradition consiste dans la capacité d’être éduqué, dans l’éducabilité aux valeurs de cette liberté et de cette tradition. De là son insistance sur l’éducation nationale comme éducation à la nation. De là aussi […] qu’il a pu mettre en avant l’importance de la donnée linguistique, hors laquelle l’éducabilité est problématique, mais sans faire de cette donnée une condition sine qua non, comme l’eût fait une théorie de la nation fondée, non sur l’éducabilité, mais sur l’appartenance. »(14)

Ce modèle a permis à Fichte de dénoncer la conception de la nation, tant des Lumières que du romantisme, et au-delà de celle-ci de ces deux systèmes de pensées.

Notes

(1) Johann Gottlieb Fichte (présentation, traduction et notes d’Alain Renaut), Discours à la nation allemande, Imprimerie nationale, Paris, 1992.
(2) Johann Gottfried Herder est né en 1744 et mort en 1803.
(3) Esprit du peuple ou génie national.
(4) Johann Gottlieb Fichte, Discours à la nation allemande, p. 13.
(5) Ibid., p. 14.
(6) Ibid.
(7) Ibid.
(8) Ibid., p. 29.
(9) Ibid., p. 32.
(10) Ibid.
(11) (Traduction par Luc Ferry et Alain Renaut), in : Johann Gottlieb Fichte, Machiavel et autres écrits philosophiques et politiques de 1806-1807, Payot, Paris, 1981.
(12) Johann Gottlieb Fichte, Discours à la nation allemande, p. 32-33.
(13) Ibid., p. 36.
(14) Ibid., p. 42-43.

Discours à la nation allemande, Johann Gottlieb Fichte, Imprimerie nationale, Paris, 1992.

Discours à la nation allemande, Johann Gottlieb Fichte, Imprimerie nationale, Paris, 1992.

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Politique

L’identité déformée :
grand remplacement et changement de peuple
après 1945.

Tomislav Sunić

Les peuples métissés et l’immigration de masse organisée sont des concepts capitalistes et communistes. Le capitalisme désire le transfert illimité de marchandises, d’argent et de personnes afin d’augmenter le profit. Le communisme veut des personnes déracinées et manipulables en tant que prolétariat de substitution. Ces deux idéologies sont des reliques du XIXe siècle mercantile, niant les peuples, les ethnies et les traditions. Bien qu’ayant gagné la Seconde Guerre mondiale, ces deux idéologies n’ont pas réussi à fonder un ordre de paix et tentent à l’heure actuelle d’entraîner le monde dans le tourbillon de leur déclin. Le diplomate et conférencier croate Tomislav Sunic enquête sur les origines idéologiques de cette situation.

* *

Nous devons d’abord clarifier certains termes. Les mots tels que « grand remplacement » et « changement de peuple » sont évités au sein du paysage médiatique allemand. Les politiciens qui y sont actifs utilisent principalement le terme « réfugiés » lorsqu’ils parlent de l’évolution actuelle de la population autochtone en Europe. L’utilisation du langage politique en Allemagne est un cas particulier, car tous les idiomes politiques, ainsi que tous les termes politiques, sont censés recevoir, depuis 1945, un nouveau sens. Selon l’esprit du temps qui prévaut en Allemagne, certains mots sont surutilisés ou évités. Le choix du mot à la mode « réfugié » (Flüchtling) vise à susciter la volonté d’aider l’Autre. Ce terme sentimental, au lieu du mot plus approprié « immigrant » ou « migrant », est destiné à cultiver le sentiment de culpabilité allemand et à atteindre l’objectif d’un mélange ethnique avec les immigrés non-européens. Ce processus est mené à l’aide du droit d’asile étendu, inclus dans l’article 16a de la Constitution, sans tenir compte de l’article 16b qui interdit l’entrée des ressortissants des pays tiers sûrs. Moins de 5% de migrants extra-européens sont de vrais réfugiés ou des personnes déplacées, et même après le refus d’asile, ils continuent d’être tolérés et même relativement bien rémunérés par les autorités allemandes. La question de savoir pourquoi ces migrants ne veulent pas rester dans un pays voisin du leur et possédant une culture proche, comme la Jordanie, la Turquie, l’Arabie Saoudite, mais préfèrent se déplacer vers l’Allemagne, a depuis longtemps trouvé une réponse : un fort désir chez les migrants de profiter des ressources financières allemandes. Bref : le mot réfugié est faux, le mot migrant trop abstrait, le mot réfugié économique à peine utilisé.

En ce qui concerne le changement de peuple ou le grand remplacement, il convient de souligner que, selon le Système en place, cela a toujours été et sera toujours le cas. Récemment, il y a eu plusieurs petits échanges de population dans l’ex-Yougoslavie : de nombreux Croates, Bosniaques musulmans et Serbes de Bosnie furent obligés de quitter leurs anciens foyers. Le mot « déplacement » serait plus approprié, dans ce contexte, vu que ce transfert de population a eu lieu dans l’ex-Yougoslavie balayée par la guerre.

Dans les années 1920, un échange de population important mais plus ou moins réglementé a eu lieu entre la Grèce et la Turquie. Tant qu’un échange de population se déroule à titre volontaire, par exemple après un référendum, il semble être acceptable. Le seul problème réside dans le choix des mots. Au début du XVIIIe siècle, il y a eu un échange pacifique de populations dans le Saint-Empire romain germanique, avec des centaines de milliers d’Allemands se déplaçant vers l’Europe de l’Est et du Sud-Est après y avoir été appelés en tant que colons par les autorités austro-hongroises. Il conviendrait mieux de parler ici d’une migration ou d’un repeuplement. Entre 1944 et 1947, il y a eu à nouveau un gigantesque échange de population, avec plus de 12 millions d’Allemands déplacés de force dans le cœur réduit de l’Allemagne. Ici, cependant, le terme « échange de population » est inapproprié car ce déplacement sanglant, mené par les communistes victorieux, a coûté la vie à plus de deux millions de réfugiés allemands. De plus, l’Allemagne n’avait rien d’un pays de cocagne pour les déplacés de la fin 1945 car c’était un pays complètement détruit. Par conséquent, les mots « réfugiés » ou bien « personnes déplacées » semblent mieux convenir ici, car ces Allemands de l’Est (« Volksdeutsche ») ont dû fuir la mort ou la déportation. On pourrait se disputer pendant des jours sur le bon choix des termes convenant aux nouveaux arrivants non-européens d’aujourd’hui en Allemagne.

Causes du changement de population

Les médias du Système d’aujourd’hui se servent des cas de xénophobie et des actes de violence contre les migrants, c’est-à-dire des mauvaises conséquences de l’immigration de masse, afin de faire croire que les Allemands sont peu disposés à accepter des migrants non-européens. De nombreux « experts » analysent les racines de la xénophobie dans des études bien rémunérées. Or ces racines sont bien diverses. Ce ne sont ni l’islam ni les migrants non-européens qui sont à blâmer pour ce nouvel échange de peuples. Le principal coupable est l’idéologie du libéralisme et du multiculturalisme et ses divers avatars modernes.

À propos du présent échange de population en Europe, il n’y a ni plan secret de quelques mauvaises personnes ni théorie du complot. Il y a, bien sûr, des groupes supranationaux et des lobbies qui bénéficient de cet échange international, mais cela ne signifie aucunement que ces groupes élaborent à eux seuls des plans secrets. Ils suivent plutôt un schéma de pensée à la mode.

Le grand remplacement d’aujourd’hui est tout à fait conforme au droit international et lié à la croyance au progrès qui est inhérente à la doxa libérale. Cette conception est fondée sur le principe de la libre circulation des personnes et des biens. Par conséquent, tous les gens, tous les peuples, sont censés devenir interchangeables et périssables. Ce principe libéral est fermement ancré dans les documents de l’ONU et de l’UE. Le marchand ou le spéculateur ne tolère aucune frontière et aucun État, et certainement aucun peuple. Il ne rêve que d’une grande société de consommation anonyme. Le marchand ne se soucie guère de qui est son client ; que son client soit indien, croate ou africain, il veut juste faire du profit. La migration non-européenne vers l’Allemagne, voir vers l’ensemble de l’UE, est la conséquence logique de la dynamique historique du libéralisme et de la mondialisation qui en dérive. Ce processus a duré environ deux cents ans (1). Nous avons déjà vu l’impact de cette dynamique au milieu du XIXe siècle.

Par conséquent, toute critique de l’immigration de masse, sans une critique préalable du commerce libéral ou du capitalisme, est inutile. Les petits trafiquants de migrants, dont la plupart viennent des Balkans, ne sont que le reflet des trafiquants de grande envergure qui sont assis dans les rangs de nos gouvernements. Les politiciens, qu’ils soient basés à Bruxelles ou à Berlin, ne suivent que les règles du marché libre.

La gauche a également tort lorsqu’elle parle d’immigration de masse. Aux yeux de la gauche, les migrants constituent aujourd’hui un prolétariat de substitution. La gauche aime faire des discours sur les « droits de l’homme » tout en prétendant qu’il n’y a pas de différences entre les personnes ou les ethnies, et que les identités ethniques ou de genre ne sont qu’une simple construction sociale qui peut toujours être modifiée ou révoquée. Il est frappant de constater que les ligues de vertu, au sein de la gauche européenne, qui rêvent constamment de l’égalité et de l’interchangeabilité entre tous les peuples, ne veulent jamais toucher aux énormes différences de prospérité qui existent entre l’establishment, à savoir le Système mondial, et les migrants, et tiennent ces inégalités économiques pour acquises. La gauche est peu encline à examiner et dénoncer les causes de la migration extra-européenne ou bien à organiser l’aide aux pays d’origine des migrants. Selon Alain de Benoist : « Ceux qui critiquent le capitalisme et approuvent en même temps l’immigration, dont la première victime est la main-d’œuvre salariée, feraient mieux de se taire. Ceux qui critiquent l’immigration mais gardent le silence sur le capitalisme devraient faire de même. » (2)

L’Allemagne est devenue aujourd’hui l’État de migration idéal, car c’est un pays malade, avec des gouvernements très névrotiques depuis 1945. Si l’on veut comprendre l’état d’esprit de l’Allemagne et de toute l’Europe, en particulier en ce qui concerne l’afflux de migrants non-européens, il faut regarder en arrière. Depuis 1945, l’Allemagne est un État semi-souverain. Ses politiciens, traumatisés par le passé brun du pays, ont dit adieu depuis belle lurette à l’histoire et ont volontairement renoncé à toute notion du politique. La culture de culpabilité explique pourquoi l’Allemagne se classe aujourd’hui au sommet de la prétendue « culture d’accueil » (Willkommenskultur), ce qui ne garantit pas que dans un proche avenir ce sera encore le cas si d’autres États développent des signes d’hostilité envers l’Allemagne. De plus en plus, des politiciens européens et non-européens comprennent que l’Allemagne pourrait bien être prochainement un facteur d’instabilité internationale.

En outre, les gestes allemands d’amour envers « l’Autre » ne signifient nullement que l’Autre se comportera de la même manière amicale envers les Allemands de demain. Dans l’entourage de Madame Merkel, la plupart des gens sont pleinement conscients de cette situation névrotique en RFA ; cependant, ils croient qu’ils peuvent atténuer les tensions sociales en renchérissant sur leur autoflagellation.

La croyance dans le progrès

Les migrants non-européens sont également victimes de ce système mondialiste-libéral. L’immigration non-européenne actuelle est aussi la conséquence de l’échec des guerres américaines du début des années 1990 au Moyen-Orient et de la décolonisation. Bien sûr, les échanges de population d’aujourd’hui pourraient être interrompus ou inversés à tout moment par n’importe quel pays européen, pour autant que les politiciens européens aient la volonté de prendre des décisions politiques ou, en d’autres termes, qu’ils montrent leur détermination à arrêter l’immigration. Or, les politiciens allemands et leurs collègues de l’UE n’ont pas le courage d’arrêter l’immigration car depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, tous manquent de la volonté de le faire, de peur d’être accusés de racisme. « L’antifascisme est une norme fondamentale de la culture politique allemande depuis 1945. » (3)

La sacro-sainte économie

Il n’y a pas aujourd’hui un seul État d’Europe occidentale qui soit encore homogène sur le plan ethnique et culturel, comme c’était le cas il y a environ 50 ans. En revanche, le paysage ethnique est différent en Europe de l’Est, partie de l’Europe qui est aujourd’hui plus « européenne » que l’Europe occidentale. En moyenne, la population de chaque État d’Europe occidentale se compose actuellement d’environ 15% de résidents d’origine non-européenne. Aux États-Unis, cette part non-européenne est de près de 50%. À cet égard, on peut carrément parler d’un nouvel Occident coloré, dont les sociétés parallèles ont peu en commun et risquent de déclencher tôt ou tard des troubles et de petites guerres entre les nouveaux venus. La raison pour laquelle il n’y a actuellement pas de conflits interraciaux massifs en Europe occidentale et en Amérique tient au fait que les États-Unis et l’Europe occidentale sont encore des pays relativement prospères dont les généreuses cotisations de sécurité sociale aux migrants non-européens maintiennent la paix sociale. Le système occidental et sa petite branche, l’UE telle que nous la connaissons aujourd’hui, sont basés, depuis 1945, sur la croyance en « la sainte économie », comme l’appelait autrefois le sociologue allemand Werner Sombart (4) Ce système, dans lequel la croyance au progrès est devenue une nouvelle religion, périra dès que cette sacro-sainte économie ne pourra plus fournir le salut à ses habitants multiethniques.

Alors, que signifie être un bon Européen aujourd’hui ? Un paysan dans une Roumanie ou une Croatie ethniquement homogène est-il un meilleur Européen que le descendant de troisième génération d’un Somalien ou d’un Maghrébin qui réside à Berlin ou à Paris ? Il faut également être très sceptique vis-à-vis des nombreux groupuscules de droite en Allemagne et dans toute l’Europe occidentale, qui n’arrêtent pas de parler d’une prochaine guerre contre les migrants musulmans. Une chose doit être soulignée ici : si une nouvelle guerre civile éclate en Europe, ce ne sera pas seulement une guerre entre Européens et non-Européens. Cette guerre ne déterminera pas une ligne claire entre l’ennemi et l’ami. De nombreux citoyens de gauche se verront bientôt comme de bons alliés des migrants. Il nous incombe également de distinguer clairement entre religion et appartenance ethnique. La plupart des migrants qui affluent actuellement en Europe sont en fait des musulmans non-européens. Or religion et nationalité ne sont pas synonymes. Il y a des musulmans européens comme les Bosniaques, par exemple, mais il y a aussi des musulmans pakistanais ou somaliens. Ils n’ont rien de commun les uns avec les autres.

Reconnaître les identités

Les actuels flux de migrants en provenance de Turquie pourraient aider les Européens à prendre conscience de leurs racines bio-culturelles européennes communes. En revanche et d’un autre côté, ces migrants non-européens pourraient aggraver les séculaires conflits inter-européens. Voici un exemple : il y a actuellement entre 20 000 et 30 000 migrants non-européens dans l’État dysfonctionnel de Bosnie, où récemment, trois peuples européens – les Croates, les Bosniaques musulmans et les Serbes – se sont battus mais sont désormais contraints de cohabiter. Les districts administratifs serbes de la partie serbe de la Bosnie (« Republika srpska ») ne veulent pas garder ces migrants et n’hésitent pas à les déplacer vers la frontière croate. La tension croato-serbe qui existe toujours risque de s’aggraver davantage. Une situation similaire peut se produire demain, par exemple entre l’Allemagne et la Pologne à cause des migrants.

La grande question est : allons-nous continuer à regarder vers nos petits États et invoquer nos conflits historiques, ou voulons-nous défendre notre identité européenne commune ?

De même, toute critique de l’islam a peu de sens si on néglige le fait que les plus grands partisans de l’immigration musulmane extra-européenne sont les grandes Églises, le pape et ses évêques allemands et américains, et non la gauche et les soi-disant antifascistes. Le christianisme, comme l’islam, est une religion de révélation universelle. Tous deux viennent du judaïsme, qui prend sa source en Orient – pas en Europe. Par ailleurs, l’immigration est désormais soutenue et en large partie légitimée par l’Eglise et le Vatican. Le rôle du haut-clergé catholique en Amérique et en Europe, par rapport aux flux de migrants non-européens d’aujourd’hui, est souvent ignoré. Le comportement de l’Eglise est en tout cas complètement en harmonie avec l’œcuménisme et l’universalisme chrétiens. Le pape a plaidé à nouveau en janvier de cette année pour l’admission des migrants non-européens (5).

Afin d’éliminer les racines de ce « grand remplacement » et de l’échange de population, nous devons d’abord porter un regard critique sur toutes les doctrines prêchant l’égalitarisme. Ce que l’on observe maintenant en Occident est la conséquence logique de l’enseignement égalitaire et universel que le christianisme et ses avatars séculiers prêchent depuis deux mille ans. La mystique de l’égalité de tous les êtres humains aboutit aujourd’hui à la métastase libérale et communiste et ses diverses sectes égalitaires et mondialistes. Tous prêchent la fin de l’histoire dans un gros câlin multiculturel et transsexuel.

La seule arme pour nous défendre contre les échanges de populations, à savoir contre le grand remplacement, est de tenir en éveil notre conscience bio-culturelle. Sinon, nous continuerons à ruminer les phrases vides de l’idéologie multiculturelle chrétienne, libérale et communiste. Aussi pertinent qu’il soit de dénoncer les antifascistes ou le capitalisme financier, il ne faut pas oublier que les messagers les plus ardents du grand échange de population ne sont autres que les églises chrétiennes.

Notes :

  1. T. Sunić, « Historical Dynamics of Liberalism: From Total Market to Total State », Journal of Social, Political & Economic Studies (hiver 1988, vol. 13 No. 4).

  2. Alain de Benoist, « Immigration: The Reserve Army of Capital » (traduit par T. Sunic), The Occidental Observer, avril 2011.

  3. Hans-Helmuth Knütter, Ein Gespenst geht um in Deutschland. Deutschland driftet nach links! (Hamburg: Die Deutschen Konservativen, 2008).

  4. Werner Sombart, Der Bourgeois, cf. « Die heilige Wirtschaftlichkeit »; (München und Leipzig: Verlag von Duncker and Humblot, 1923), 137-160.

  5. Cf. T. Sunić, « Non-White Migrants and the Catholic Church: The Politics of Penitence, » The Occidental Observer, avril 2017. Voir également Catholic News Agency, „Papst Franziskus: Migranten willkommen zu heißen kann Christen vereinen“, le 22 janvier 2020.


À propos de l’auteur :

Tomislav Sunić (né le 3 février 1953 à Zagreb) est un publiciste et traducteur croate, ancien diplomate et ancien professeur aux États-Unis. Ses ouvrages ont été traduits en plusieurs langues.

Traduction : Lionel Baland


Cet article a également été publié par Eurolibertés.